Assise dans un siège, un bouquin dans les mains ou deux écouteurs dans les oreilles, je contemple, impuissante, cet espace sans limite, au delà des nuages, cette atmosphère qui parait si hostile, si accueillante, si propice à un courant de pensées sans interdiction, sans crainte.
Mais les nuages se rassemblent pour former un mur quasi opaque entre la réalité terrestre et ce paradis imaginaire.
J'ai cherché les petits anges habillés en blanc couronnés d'une belle oréole lumineuse et domiciliés sur un beau nuage d'une blancheur sans pareille comme ils le décrivent si bien dans les histoires. Ou bien suis-je si naïve que je le laisse paraître ? Ne pensez-vous pas qu'il vaut mieux garder un esprit enfantin plutôt que de faire à notre esprit une morale adulte mais bien trop sérieuse et sans une petite part de suréalisme ?
Je ne pense pas que le fait de s'enfermer dans un monde fait de règles et d'interdiction fasse d'un esprit quelque chose ressemblant à de la maturité.
Je voudrais partir loin, voler avec mon esprit, si puéril soit-il, et donner à ma vie une liberté sans pareil, percer de mes blanches mains ce doux et épais rideau blanc, admirer les reliefs du monde, atteindre des sommets...
Je laisse mon esprit dériver avec les courants chauds ou froids.On m'a un jour dit que l'air est raréfié à une telle altitude et qu'on se sent compressés, oppressés. Pourtant, mes poumons n'ont jamais aussi bien fonctionnés, au rythme de mon coeur. Je me sens portée par des vagues invisibles, rien n'est plus beau que dans cet endroit fait de calme et ... de calme. Tout est si parfait, si lumineux, si apaisant. Je suis, là, heureuse, libre de tout. Je suis au septième ciel. Je suis partout à la fois tout en savourant chaque parcelle de vide. je me sens bien, mieux que jamais. Je me sens légère tout en étant lourde dans le Vide. Je suis comme un nuage, ou le bleu infini du ciel, ou l'humanité tout entière. je suis moi, sans secret.
Je suis tout simplement LIBRE !!
Mais Je suis seule, seule dans ce monde, seule, sans personne avec qui partager mon bonheur, sans oreille à qui murmurer mon bien être. Seule.
Le BIP sonore de signalisation retentit, m'extripant à ce doux rêve pour me ramener à la réalité.
Je ressens la secousse que subit l'avion quand il touche la piste d'atterissage, le ciel est gris dehors. je suis belle et bien sur la Terre, j'ai quitté l'Infini des nuages pour rejoindre ce monde de pure labeur.
Les gens se poussent vers la sortie de l'appareil et je profite de ces derniers moments pour contempler ce Paradis, fruit de mon imagination à travers la vitre sale, seule limite avec l'extérieur. Me voilà, Bruxelles. Me voilà, monde si morose. Me voilà, parmi vous, prête à affronter l'avenir, munie de la meilleure arme qui soit, ma liberté se trouvant dans mes rêves.
Comme quoi, nous parvenons parfois à percer dans ce monde, un petit coin de paradis, rien que pour nous.
[avion - retour d'Italie - 27 août]